DÉMOCRATIE
vendredi 4 décembre 2009 à 10:37, Le blog de Laurent Jacques
"Elections, piège à cons" pouvait-on lire autrefois à la une du journal "Hara-Kiri" où l’on s’inscrivait dans le sillage légèrement retombé de l’anarchisme politique. Nul ne savait que François Fillon, qu’on avait du reste presque totalement oublié, s’abreuvait à la même source. Il vient en effet de décider que les députés seront dorénavant nommés et non plus élus comme les citoyens en avaient pris la détestable habitude.
Résumons l’affaire. Le traité de Lisbonne, qui vient d’entrer en vigueur, avait prévu, pour certains pays jusque-là désavantagés, l’augmentation du nombre de députés européens. La France avait ainsi gagné deux sièges. Les autres Etats bénéficiaires ont élu leurs députés supplémentaires en juin dernier. Curieusement, la France a oublié de le faire alors même que le bon Monsieur Sarkozy était l’inspirateur, le concepteur, le rédacteur et le chef-ratificateur du nouveau traité…
Après mûre réflexion, six mois quand même, M. Fillon vient d’écrire au Président de l’Assemblée Nationale pour lui demander de désigner les deux heureux "élus" parmi les députés, un pour la majorité et un pour l’opposition, en clair un à l’UMP et l’autre au PS. Et hop ! Ni vu, ni connu. Ni élu.
Il se trouvera sans doute quelques fâcheux pour ronchonner mais il faut bien reconnaître que le procédé est admirable et devrait être généralisé. C’est une économie significative pour les finances publiques : finies les campagnes électorales, les opérations de vote, les contestations et autres calembredaines. Tout à gagner aussi pour les instituts de sondages car les ruminations de M. Accoyer sont infiniment plus prévisibles que les caprices de l’électeur moyen. Enfin, la stabilité politique est assurée puisqu’il ne viendrait pas à l’esprit posé du coach de l’Assemblée de déséquilibrer son effectif. Quand à le réélire lui-même, à quoi bon ? Il n’a qu’à siéger indéfiniment.
C’est d’ailleurs la proposition d’un député d’Azerbaïdjan, M. Aidyn Gassanov : "Tous les députés de notre Parlement, y compris moi-même, sont des personnes dignes. Pourquoi donc organiser de nouvelles législatives ?" Selon lui, il faut les annuler ou au moins les reporter jusqu’à la fin de la guerre dans le Nagorny-Karabakh, c’est-à -dire aussi loin que le regard porte. Son idée n’est pas isolée. Jusqu’à une réforme constitutionnelle récente, les députés de Taïwan élus avant 1949 avaient le privilège de siéger jusqu’à la reconquête de la Chine continentale… C’est bien plus commode que l’ex-présidence tournante de l’Union ou que le tourniquet à l’israëlienne.
En vérité, M. Fillon réalise un projet qui vient de loin. En 1967, à la veille d’élections législatives difficiles, un responsable de la majorité alors prise d’assaut avait déclaré : "La démocratie est tombée bien bas si elle doit s’en remettre aux aléas du suffrage universel." Indiscutable.
Ceux qui ont déjà lu "La grève des électeurs" d’Octave Mirbeau pourront se procurer un manuel de droit constitutionnel de Maurice Duverger. D’occasion car un peu obsolète.
Ecrit par : Stéphane Laurent Jacques


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