Nous l’avons souligné dès le début de ce survol, en compassion climatique, des pays menacés par la montée des eaux, il est difficile de trouver des solutions adaptées au cas du Bangladesh.

Les Bangladeshis (on ne dit pas bengalis, pas dans ce sens, en tous cas) sont très nombreux. On ne peut donc pas les transférer facilement. 150 millions de personnes, ça n’est pas rien. Quant aux voisins, Birmanie, Inde, Chine au-delà des Etats himalayens, on les sait très peuplés et assez peu accueillants.

En outre, les pauvres gens en ont peut-être assez d’être déménagés, transbahutés. En 1947 déjà, lors de l’indépendance de l’Inde, il avait semblé opportun de séparer les hindous des musulmans. Foi de quoi, on avait regroupé les premiers au milieu et les seconds dans un seul Etat, le Pakistan, dont les parties occidentale et orientale étaient distantes de 2.500 km. C’est très commode pour l’administration d’un pays aussi bien pensé.

Notez au passage que lorsque l’ONU organisait ces vastes déplacements de populations, comme elle l’a fait en Ukraine pour les Polonais et en Pologne pour les Allemands, on n’appelait pas ces opérations "épurations ethniques". Simple parenthèse politiquement très incorrecte.

Revenons aux douloureux problèmes actuels du Bengale. Le Bangladesh est essentiellement composé d’eau avec un peu de terre entre les fleuves, les rivières, les lagunes, les étangs, mares et rizières. On peut dire que c’est un pays assez humide. Il occupe toute la partie orientale de l’immense delta que forment le Gange, le Brahmapoutre, qui ne sont pas des ruisselets et reçoivent en outre la rescousse de la Tista et de la Meghna. Sur toutes ces étendues d’eau ou de marécages, la densité de population est supérieure à 1.000 / km². Si l’on rapportait la population totale à la superficie de terre ferme et sèche, on obtiendrait une densité très supérieure à celle de Shangaï ou du Stade de France lors des concerts de Johnny Hallyday.

Mais le Bangladesh souffre de nombreuses autres calamités (nous ne parlons pas de Johnny, bien sûr). Il est très exposé aux cyclones, typhons, raz-de-marée et autres tsunamis, en même temps qu’il est inondé par la mousson quatre mois par an. Représentez-vous l’altitude moyenne d’un delta très plat et la conjonction, assez banale à Dacca, d’une forte mousson et d’une marée spécialement haute. Cela survient périodiquement et, dans ces cas-là, le Bangladesh n’existe plus du tout, hormis quelques immeubles élevés et quelques montagnes dans le nord du pays. Que faire donc pour le Bangladesh ?

Si la Hollande se montrait moins égoïste, elle pourrait peut-être exporter ses polders. Fleuriraient alors la tulipe du Bengale et la vache frisonne du delta. Parlons-en à Copenhague car les Néerlandais ne le proposeront pas eux-mêmes.

Et relevons qu’après les Maldives, Tuvalu et Kiribati, le Bangladesh est, lui aussi, une ancienne colonie anglaise. C’est une malédiction. (Demain, prochain article : Ariane)