Nous poursuivons, avant Copenhague, notre tour du monde militant des endroits menacés de submersion.

Nous voilà aujourd’hui en Océanie où le risque est très sérieux pour au moins deux archipels : Kiribati et Tuvalu. Vous ne savez pas où se trouve Kiribati ? C’est pourtant simple, juste au-dessus de Tuvalu et Tokelau. Et Tuvalu ? Entre Tokelau et Nauru. Nous dirons, pour simplifier encore, que toutes ces petites îles font partie de la Micronésie – dont le nom indique bien à quel point elles sont petites – entre la Polynésie et la Mélanésie.

Le problème de ces deux archipels où l’on considère avec terreur les effets du réchauffement climatique tient à un rude constat géographique : leur point culminant n’est pas supérieur à deux mètres. Les Danois, qui organisent un sommet, pourront donc les prendre de très haut. Les Tibétains aussi d’ailleurs, ce qui prouve qu’on ne peut être malheureux en tout.

Le cas le plus angoissant est celui de Tuvalu car ces quelques îles, y compris la capitale Funafuti, ont déjà les pieds dans l’eau au moins à marée haute. Les puits d’eau douce sont devenus saumâtres. Les tombes sont rongées par la mer et les squelettes exposés à d’inconvenants bains de soleil. On ne peut atterrir, du moins en avion, qu’à marée basse, ce qui a conduit notre ministre J.L. Boorlo à reporter un voyage qu’il avait prévu de faire là-bas afin de montrer notre sollicitude aux sinistrés. Il y a donc renoncé car son agenda ne collait pas avec l’horaire des marées. Contrairement à Ingrid Bettancourt, Jean-Louis Boorlo ne marche pas encore sur l’eau.

Les Fidjiens compatissants et leurs tuteurs néo-zélandais ont bien proposé aux autorités de Tuvalu de leur offrir quelques îles fidjiennes pour se mettre à l’abri. Si vous regardez la carte de la région, vous constaterez qu’il suffit d’un seau de puce par-dessus les possessions françaises de Wallis et Futuna pour se réfugier aux Fidji. Mais le Tuvaluan est opiniâtre. Même les pieds dans l’eau et entourés de cercueils flottants, ces braves gens veulent demeurer sur la terre de leurs ancêtres… Il faudra sans doute attendre encore un peu pour les convaincre.

A Kiribati, l’affaire est également chaude, si l’on peut dire, pour les îles coralliennes de l’ouest de l’archipel. Mais il existe des possibilités de migration intérieure dans cet Etat qui totalise plus de 600 km² pour moins de 60.000 habitants. Les Kiribatiens peuvent donc patienter encore un peu.

L’autre point commun entre ces deux Etats où ne surviennent que des calamités n’est pas un détail : sous les noms de Gilbert et Ellice, Tuvalu et Kiribati ont été anglaises. Eh oui !

On pourra se consoler en lisant le beau recueil "Je connais des îles lointaines" du poète Louis Brauquier. (Demain, prochain article : Delta)